CCDH LANDES
dénonce les abus de la psychiatrie dans les Landes

Psychiatrie

psychiatrie-horreur

La meilleure façon de comprendre la psychiatrie actuelle est de comprendre la psychiatrie d’antan. L’histoire de la médecine remonte au moins à la Grèce antique. A l’inverse, la psychiatrie est une discipline jeune. C’est en 1676 que Louis XIV décréta l’ouverture des hôpitaux généraux de France. Ceci afin d’enfermer les « débauchés, les pères dépensiers, les fils prodigues, les blasphémateurs, les hommes qui « cherchent à se défaire » et les libertins« . Ce décret marque le début de « l’emprisonnement à grande échelle des fous« .

En réalité, les hôpitaux généraux français n’étaient que des institutions privatives de liberté. Aucune thérapie n’y avait cours. En revanche, les horribles conditions qui y régnaient faisaient leur réputation. On y flagellait les détenus enchaînés, lesquels vivaient dans une absence totale d’hygiène. C’est dans ces asiles que le gardien d’institution développa son expertise. Il est le prédécesseur direct du psychiatre institutionnel. L’expression anglaise « snake pit » (fosse aux serpents) – expression d’argot pour hôpital psychiatrique – remonte à cette époque. On jetait alors les fous dans une fosse grouillante de serpents. Ce choc était censé les ramener à la raison.

Travailler dans les asiles n’était pas des plus valorisant. Néanmoins, les « psychiatres » d’antan formulaient des « revendications légitimes quant au statut de discipline médicale« . En effet, selon eux, « diriger un asile d’une façon thérapeutique constituait un art et une science aussi complexes que la chimie ou l’anatomie« . La psychiatrie s’est résolument cramponnée à cette revendication pendant 100 ans, malgré les preuves accablantes du contraire. On acceptait donc la psychiatrie comme étant nécessaire.

Mais la médecine s’en méfiait et s’assura qu’on la confine « dans une situation marginale » relatent Alexander et Selesnick dans leur ouvrage sur l’histoire de la psychiatrie. La psychiatrie subissait donc la ségrégation de ses confrères médecins. Alors que la médecine avançait à vive allure sur sa voie sûre et scientifique vers des découvertes majeures, les psychiatres développaient leurs propres idées indépendantes du modèle scientifique. « Une nouvelle génération de médecins d’asiles grandit, pleine de confiance dans son aptitude à soigner » selon Edward Shoter dans son ouvrage Histoire de la psychiatrie.

On doit le mot psychiatrie – signifiant étude de l’âme – à Johann Reil. En 1803, avant d’avoir inventé ce terme, il parlait des premiers gardiens comme suit : « ils se portaient immédiatement volontaires pour améliorer le sort des fous. » Il y faisait référence en évoquant « une race d’hommes courageux » prêts à s’attaquer à « cette gigantesque idée » de « débarrasser la surface de la terre d’un des fléaux les plus dévastateurs« . Autrement dit, les pionniers de la psychiatrie pensaient pouvoir éliminer la folie.

Reil fut le premier à affirmer que les méthodes de traitement psychiques relevaient des méthodes médicales et chirurgicales. Ses « traitements psychiques » consistaient en massages, corrections, flagellations et opium. Parmi ses « cures » figuraient la « chaise de Darwin« . On y faisait tourner les malades mentaux jusqu’à ce que du sang suinte de leur bouche, oreilles et nez. Se pratiquaient aussi les cures de castration et de privation de nourriture.

En 1911, Theodric Romeyn Beck auteur de la Dissertation inaugurale sur la folie, décrivait le traitement moral en ces mots : « Convainquez les lunatiques de l’autorité absolue du médecin… » et « s’ils font preuve d’indiscipline, interdisez-leur la compagnie des autres, utilisez la camisole de force et isolez-les dans une pièce sombre et tranquille« .

En 1918, Edwin Kraepelin, pionnier de la pyschiatrie, définissait un psychiatre ainsi : « un chef absolu, qui guidé par nos connaissances actuelles, pourra intervenir sans pitié dans les conditions de vie des gens et obtiendra sûrement en quelques décennies, une baisse correspondante de la folie. »

La première guerre mondiale faisait rage quand Kraepelin établit en Allemagne un centre de recherche psychiatrique « afin de déterminer la nature des maladies mentales et de découvrir des techniques pour les prévenir, les soulager et les guérir.« 

Le livre « Freud et les américains » évoque les espoirs de la psychiatrie au début du 20ème siècle : « Les magazines évoquaient avec empressement toute nouvelle médicale porteuse d’espoir : la spéculation selon laquelle une toxine pourrait provoquer la folie et une antitoxine la guérir, que la folie n’était pas une maladie mais une inaptitude à s’adapter à l’environnement. Quelques médecins préconisaient d’abandonner les vieux termes « chronique et incurable ». La psychiatrie, insistaient-ils, malgré un manque d’amélioration des taux de guérison, se trouvait au seuil de l’âge d’or. »

Cependant, en 1916, Sheperd Ivory Franz, un scientifique américain, écrivit : « Nous ne disposons d’aucun fait qui nous permette de mieux localiser aujourd’hui qu’il y a 50 ans les processus mentaux dans le cerveau« .

Donc, après 100 ans, la psychiatrie n’avait pas progressé d’un iota dans la compréhension et la guérison de la folie.

Au début du 20 ème siècle, la psychanalyse devint la nouvelle tendance de la psychiatrie. Les années 30 et 40 furent le théâtre d’un virage en direction des « traitements physiques« . Ces traitements permirent aux psychiatres de concurrencer plus efficacement les neurologues, qui traitaient souvent les patients atteints « de troubles nerveux ». Entre 1928 et 1938, les psychiatres ont instauré des horreurs comme le choc au Metrozol, le choc insulinique, l’électrochoc et la psychochirurgie.

Les années 50 et 60 virent le lancement des psychotropes. Ceux-ci visaient à soulager une partie des symptômes de la maladie mentale. Ces produits facilitaient donc la tâche de ceux qui devaient veiller sur les patients. Dans le même temps, la psychiatrie introduisit un système de diagnostic des troubles mentaux. Shorter appelle cette période « la seconde psychiatrie biologique ». Selon celle-ci, « la génétique et le développement du cerveau » provoquaient la maladie mentale. Les drogues psychoactives et la psychothérapie informelle en étaient les remèdes.

Durant les trentes années suivantes, la thérapie psychiatrique en vint bien vite à s’appuyer sur les drogues psychoactives. L’industrie psychiatrique, forte de ses propres drogues et modes de diagnostics, pouvait prendre son envol.

En 1989, une brochure de l’Association américaine de psychiatrie disait à ses membres : « Une amélioration de l’image de la psychiatrie parmi les médecins non psychiatres ne peut être que profitable. Et pour ceux qui se préoccupent des résultats financiers, les efforts que vous consacrez à bâtir cette image peuvent vous rapporter des dividendes par le biais d’un nombre accru de patients qui vous seront adressés. »

L’organisation mondiale de la santé a conçu une brochure d’information intitulée « Troubles mentaux dans les soins primaires« . Distribuée dans le monde entier, elle est censée faciliter aux médecins généralistes le diagnostic des maladies mentales. De toute évidence, un emploi grandissant du marketing comblait les lacunes traditionnelles de la psychiatrie dans le domaine scientifique.

« La psychiatrie représente un secteur de croissance pour l’industrie pharmaceutique. En influençant la façon dont les psychiatres conçoivent les problèmes de santé mentale, l’industrie pharmaceutique a développé de nouveaux et juteux marchés pour ses produits ». Carl Eliott, biotechnicien à l’université du Minnesotta. « Pour vendre des médicaments, il faut vendre des maladies psychiatriques ».